LA LANDE TOURBEUSE (suite)

DYNAMISME DE LA LANDE TOURBEUSE

Lorsque la lande tourbeuse est fauchée régulièrement (environ tous les deux ou trois ans), le scirpe cespiteux et la bruyère quaternée sont dominants dans la couverture végétale. Ces deux espèces sont accompagnées du jonc raide et de sphaignes. La molinie est également présente mais elle croît en brins isolés sans former de grosses touffes. Les espèces de la lande sèche (callune, myrtille de loup, ...) sont localement présentes, là où l'épaisseur de tourbe est peu importante, et sont toujours maintenues au ras du sol. Le fauchage et le stiernage ayant été abandonnés depuis longtemps, ce type de lande n'existe plus guère.

Après l'arrêt des fauchages, le scirpe cespiteux et la molinie deviennent plus vigoureux en formant de grosses touffes. Ils font régresser les autres espèces de la lande tourbeuses et les sphaignes, tandis que les Ericacées se développent. La physionomie de la lande change. C'est le stade de la lande herbeuse à bruyères que l'on peut observer à cet endroit.

Toutefois, ici, l'extension des Ericacées a aussi été favorisée par d'autres facteurs.

Entre 1930 et 1950, un peuplement de pins sylvestres s'est intallé sur ± 40 ha à partir de semis éoliens provenant d'une ancienne plantation établie en bordure de la fagne. Les incendies de 1972, 1974 et 1976 ont entraîné la mort de nom­breux pins dont la décomposition a donné un humus non tourbeux. De plus, en certains endroits, la couverture tourbeu­se a été détruite par le passage répété du feu. Vers le milieu des années 1990, l'abattage des pins a redonné à la lande sa physionomie typique (paysage ouvert).

Depuis lors, la modification de l'humus et l'ouverture du milieu favorable aux espèces héliophiles (espèces de lumière) sont responsables de l'extension de la callune et, dans une moindre mesure, de la myrtille de loup.

De plus, la molinie est une plante qui se développe au détriment des autres espèces après le passage du feu (espèce pyrophyte). Actuellement, elle est très abondante dans la strate herbacée et supplante les espèces caractéristiques de la lande tourbeuse, telles que le scirpe cespiteux et la bruyère quaternée.


Physionomie de la lande tourbeuse boisée de pins sylvestres
 

Physionomie de la lande tourbeuse à bruyère après l'abattage des pins

EVOLUTION ET GESTION DE LA LANDE TOURBEUSE

La lande tourbeuse, dégradée ou non par les incendies, n'est pas un groupement stable dans le temps. En l'absence de toute intervention humaine, elle évolue naturellement vers la forêt. Le boisement naturel s'amorce par l'apparition notamment du saule à oreillettes et du bouleau pubescent. Toutes les espèces caractéristiques de la lande (espèces héliophiles) disparaissent à mesure que le couvert forestier se ferme. Seule la molinie se maintient en sous-bois. Le chêne pédonculé s'installe ensuite dans les massifs préforestiers.

La végétation potentielle de la lande installée sur des sols à faible couverture tourbeuse (moins de 50 cm d'épaisseur) est la chênaie pédonculée à bouleaux et à molinie. C'est le groupement forestier qui dominerait sur une grande partie de la crête de la fagne de Malchamps-Bérinzenne, à l'exception des cuvettes de palse renfermant des groupements de tour­bière à sphaignes et à linaigrettes vaginées plus ou moins stables.

Toutefois, en certains endroits, le manteau tourbeux qui recouvre cette crête a une épaisseur comprise entre 50 et 100 cm et la nappe aquifère affleure la majeure partie de l'année. Dans ces conditions, la régénération de la chênaie n'est pas possible. Seul le bouleau pubescent peut s'installer progressivement et former une boulaie pubescente à sphaignes et à linaigrettes vaginées.
Dans un but de préservation de la lande, plusieurs mesures de gestion appropriées doivent être mises en oeuvre.

- Pour éviter le reboisement, il faut couper régulièrement les semis éoliens de bouleaux, de saules à oreillettes, ..., ainsi
que ceux provenant des plantations de résineux jouxtant la fagne.
- Il est nécessaire également de rajeunir périodiquement la lande afin de favoriser les espèces bien caractéristiques de celle-ci (scirpe cespiteux, bruyère quaternée, jonc raide et sphaignes). Dans cette optique, le fauchage périodique avec
ramassage du foin est la technique manuelle la plus adéquate utilisée par nos ancêtres durant des siècles.

QUELQUES OISEAUX REMARQUABLES DE LA LANDE TOURBEUSE

Ces vastes étendues de lande non boisées constituent un habitat favorable pour les oiseaux nichant au sol dont certaines espèces sont rares, telles que l'Engoulevent d'Europe, le Hibou des marais et le Busard Saint-Martin.

Le Tarier pâtre

Le Pipit farlouze

L'Engoulevent d'Europe

Le Busard Saint Martin