LES SPHAIGNES ET LES TOURBIERES

LES SPHAIGNES : PLANTES PRINCIPALES DES TOURBIERES

Position systématique

Les sphaignes sont des mousses particulières. Elles appartiennent à l'embranchement des Bryophytes (mousses et hépa­tiques), situé entre l'embranchement des algues (Thallophytes) et celui des fougères (Ptérydophytes).

Morphologie

Comme toutes les mousses, les sphaignes n'ont ni racines, ni vaisseaux conducteurs. Elles sont formées d'une tige sur laquelle, à intervalles réguliers, s'insèrent des rameaux groupés par 2 à 7 selon l'espèce. On distingue deux types de rameaux : les rameaux dressés et écartés de la tige et les rameaux pendants, plus grêles, ± appliqués contre la tige. Le sommet est terminé par une touffe compacte de jeunes rameaux très courts, appelée capitule.
Les feuilles, au niveau desquelles se déroule la nutrition, sont composées de deux types de cellules arrangées en réseau:
- des grandes cellules mortes, hyalines, transparentes; ces cellules possèdent de nombreux pores et des fibres spiralées assurant la rigidité;

- des petites cellules vivantes remplies de chloroplastes contenant les pigments chlorophylliens grâce auxquels s'effectue la photosynthèse.

Reproduction

Les sphaignes ont la capacité de donner naissance à un nouveau brin à partir d'une feuille, ou d'un fragment de feuille, détachée d'un rameau (reproduction asexuée). C'est le mode de reproduction le plus courant chez la plupart des espèces de sphaignes.
La reproduction sexuée peut s'observer facilement sur le terrain. Au sommet des brins apparaissent de petites capsules portées par un pédicelle court. A maturité, les capsules libèrent un grand nombre de spores. Lorsque la spore germe, elle forme une petite lame verte (protonéma) sur laquelle se développera un seul nouveau brin de sphaigne.

Propriétés

Grâce à leurs nombreuses cellules mortes, ces mousses ont un très grand pouvoir de rétention d'eau. Un tapis de sphaignes de 1 m2 et de 20 cm d'épaisseur peut retenir 72 kg d'eau et en rendre lentement 57 kg par évaporation, puis les reprendre lors d'une pluie. Les sphaignes ont également la propriété d'acidifier le milieu par libération d'ions d'hydro­gène (pH : 3,9-4,5).

      

LES TOURBIERES

Dans la fagne de Malchamps-Bérinzenne, les tourbières sont installées dans de petites dépressions ou cuvettes, de forme ± circulaire, de quelques mètres à quelques dizaines de mètres de diamètre. Les sols fortement argileux et imperméables de ces dépressions ont permis l'apparition d'un plan d'eau.

Le développement de la tourbière débute, des bords vers le centre, par la croissance de radeaux de sphaignes flottantes. A mesure que se développent les parties aériennes, les parties basses des sphaignes meurent et s'accumulent sur le fond. Lorsque les tapis flottants sont assez denses et épais, d'autres espèces de sphaignes s'installent, accompagnées de plantes hydrophytes.

Les débris végétaux s'entassent progressivement sur le fond. L'acidification engendrée par les sphaignes et la pauvreté en oxygène du milieu empêchent le développement d'organismes décomposeurs (bactéries, invertébrés, ...). Les phéno­mènes de putréfaction sont presque inexistants. Les débris organiques ne se décomposent guère et s'accumulent sous forme de tourbe.

Le comblement de la cuvette est très lent. L'épaisseur de tourbe s'accroît de ± 1 mm par an. Après comblement par accu­mulation tourbeuse, d'autres espèces de sphaignes, de couleurs variées, apparaissent soit en tapis, soit en coussins. Elles sont accompagnées d'une flore bien caractéristique.

Ces tourbières sont alimentées uniquement par les eaux de pluies. Elles sont dites ombrogènes. La fluctuation de la nappe aquifère varie peu au cours de l'année. Les pertes d'eau résultant de l'évapotranspiration des sphaignes sont comblées par les fréquentes précipitations du climat fagnard.

Il est interdit aux promeneurs de quitter le sentier et de s'aventurer sur la tourbière. L'épaisseur de tourbe pouvant atteindre plusieurs mètres, il existe un réel danger d'enlisement.